Histoire de Berder

L’île de Berder

« Joyau du Golfe » – Hervé Bazin

Berder, un siècle d’histoire au grée du vent et des courants…

Depuis des décennies l’histoire a tissé de fortes richesses sociales, éducatives, et culturelles sur l’Ile de Berder…

En 1750 l’ile appartenait a une Demoiselle Dubreuil-Jarno et à ses frères et sœurs. Elle est devenu la propriété du « Comte » Dillon en 1879, au tout début de la grande époque et des mondanités. Suite à la faillite du Comte Dillon, c’est la Duchesse d’Uzès qui devient propriétaire jusqu’en 1927 avec l’arrivée des oblats de Marie Immaculée.

En 1937 les frères Oblats laissent les lieux aux sœurs de Saint François d’Assise qui accueillent des familles, des colonies et des classes…

Les sœurs accueillaient des classe, colonies, familles qui participaient avec les jardiniers à la culture et aux récoltes.

Pour sourire un peu à l’époque il y avait sœur godille, sœur tracteur…

« Tu te souviens lorsqu’elle nous poursuivait avec son tracteur… » souvenirs d’enfances de Joël et Jean qui reviennent à la surface avec le sourire au coin des lèvres.

Elles louent l’Île en 1986 pour 25 ans à l’association LVT ( Loisirs Vacances Tourisme,  association loi 1901) pour maintenir  cet accueil familial, ce que très vite l’association a mis en œuvre.

Accueil des classes de mer, des familles, des colonies et des groupes (réunions familiales, stages, séminaires…)

Les familles

La priorité de l’association étant la mixité sociale à Berder, le tarif était calculé en fonction du quotient familial : il avait des personnes imposées sur les grandes fortunes et des bénéficiaires des restaus du cœur. Dans les activités incluses dans le prix, aucune différence pour découvrir la navigation en kayak, sinagot, catamaran, pour aller faire du tir à l’arc, ou du poney, randonner dans les îles du Golfe, participer aux animations en soirée, se balader à Larmor-Baden, ou tout simplement une baignade, un bon bouquin sur la plage ou des moments de contemplations dans ces espaces naturels…  Pour les plus petits ou les plus grands, la possibilité de confier ses enfants au club enfants ou club ados.

De nombreux habitués séjournaient sur l’ile « Que du bonheur les enfants gardent des souvenirs merveilleux » José.

Les classes de mer et les colonies étaient accueillies au fil de l’année avec un projet pédagogique orienté sur la découverte du milieu marin et une sensibilisation à l’environnement et les activités nautiques…

« On a pu voir toutes ces années ces enfants aller observer les oiseaux à Pen En Toul, au gois pêcher le crabe ou la crevette et tous ces cris et ces sourires a la suite de leurs découvertes… » Anne.

Les réunions familiales  :

De nombreuses familles de Larmor, de Baden, du Pays de Vannes ou d’Auray ont pu fêter leur mariage, baptême, anniversaire…

« De merveilleux moments à partager dans un cadre exceptionnel » Alain

Les associations :

Toutes les associations étaient les bienvenue : Stages de Yoga, peinture, musique…

« Des moment de paix de sérénité pour bien se concentrer » Francois

Mais aussi des Assemblées Générales, des repas festifs pour les bénévoles comme ceux de la Semaines du Golfe.

Les séminaires :

Souvent des séminaires de recherches de travail dans tous les domaines.

Les sœurs vendent l’Île à Yves Rocher en 1991. Il souhaite y réaliser une Thalasso et dénoncer le bail de location à LVT. Pour l’association les ennuis commencent. En juillet 1993 le maire de Larmor Baden, Mr Beauchène, allié de Yves Rocher, tente de fermer le site pour raisons de sécurité afin d’expulser LVT. Mais à l’époque de nombreuses associations, des vacanciers, des salariés et personnalités se mobilisent. Cette période a créé des remous au sein de la commune de Larmor Baden avec la démission du maire en 1994.

Pour l’association c’est 15 ans de procédure  «  Le pot de terre contre la pot de fer » (Alain)

Toutes les procédures ont été gagnées, mais ont nécessité des moyens financiers importants.

LVT a pourtant pu investir dans les bâtiments jusqu’à 10 ans avant la fin du bail (pour les raisons comptables) :

  • Sécurité : escalier de secours, système d’alarme … chaque année une commission de sécurité vérifiait la conformité des installations.
  • Enterrement des réseaux
  • Assainissement
  • Restauration de la pêcherie
  • Restauration et aménagement de la grange
  • Ravalement de la Tour
  • Restauration du manoir des salles à manger mise aux normes accessibilité.
  • Entretien du parc chaque année avec le lycée de Kerplouz

Malgré tout l’hébergement est resté rudimentaire, toilettes et douches sur le palier… Ce n’était pas un hébergement 4 étoiles mais les résidents appréciaient la simplicité du lieu et le tarif.

« On est tout le temps dehors a s’amuser, alors c’est pas très important » (Maelle)

Le consommer local était déjà au gout du jour :

Les ostréiculteurs, la boulangerie, la pharmacie et les médecins pour les petits bobos, l’épicerie pour le 4 heure des enfants , le tabac journaux, sans oublier les marchés du jeudi et du dimanche, Les artisans et fournisseurs…

L’emploi :

Chaque année entre 25 a 30 équivalents temps pleins recrutés en fonction de la fréquentation sur Larmor Baden  ou sur les Pays de Vannes et d’Auray, avec des difficultés de recrutements et d’hébergements sur la commune.

L’environnement

Les résidents comme les visiteurs qui viennent faire le tour de l’ile ont toujours préservé cet environnement magique et protégé cet espace remarquable de 23 hectares. Une invitation à la contemplation…

Et pour les étourdis qui n’ont pas consulté les horaires de marées, les passeurs avaient la gentillesse de les ramener sur le continent.

Les événementiels

Les talents en liberté :

Le rendez vous des artistes pour un weekend festif. Pendant 10 ans LVT a offert ses locaux pour des expositions, concerts, avec l’hébergement et la restauration à prix coutant pour les participants et association ou individuel.

Rien à acheter, que du plaisir à partager pour les visiteurs…

Pour les artistes de tous les domaines peintres, sculpteur, photographes, brodeuses, artisans d’art, musiciens, chanteurs… des rencontres du partage.

La semaine du golfe :

On était nombreux à la pointe de l’ile devant le courant de la jument à admirer le passage des bateaux.

Et revenir après la marée auprès du passeur  qui  malgré la grosse fréquentation nous ramenait…

« Quand c’était demandé gentiment, ce qui n’était pas toujours la cas….» (Anne Sophie)

Le bail de LVT s’est arrêté en 2013.

Nostalgique, c’est sans doute le mot le plus juste pour exprimer que ce modèle de l’économie sociale et solidaire à Larmor Baden n’ait pas pu être pérennisé alors qu’il représentait un sacré atout pour la commune, les Pays de Vannes et d’Auray, le département, la Bretagne…

Yves Rocher a vendu l’ile au groupe Giboire en 2013 pour un montant de 4 millions d’euros, les premiers chiffres annoncés étant de l’ordre de 10 millions d’euros. Belle négociation… !!! Mais pas de préemption de la commune soutenue par la communauté d’agglomérations, le département, la région, le PNR ou le conservatoire du littoral…

« Nos élus n’ont pas saisies la balle au bond… Quand notre patrimoine s’envole vers des intérêts privés peu soucieux de l’environnement et de l’intérêt collectif » (Jean Michel)

Des investisseurs qui laissent se dégrader le bâti et le passage depuis 7 ans. Quelques arbres plantés, les travaux de la chapelle  suspendus… Par contre la pêcherie en partie sur le domaine public maritime a été réaménagée en résidence privé, en annexant la cale et l’autre bâtiment en AOT, et en détournant le sentier côtier.

Des associations ont engagées des recours contre le permis de construire.

Vingt Associations de défense de l’environnement dont les 17 associations de la fédération FAPEGM, L’Association Qualité de la Vie à Larmor Baden, les Amis du Golfe du Morbihan et les Amis des Chemins de Ronde ont mené trois types d’actions contre le projet immobilier Giboire :

  • Une action en annulation du permis de construire accordé à L’OCDL Giboire pour un hôtel de luxe avec extension bétonnée et parking (Tribunal administratif saisi).
  • Une action en rétablissement du sentier côtier dans sa continuité y compris au niveau de la Pêcherie (Préfet saisi).
  • Une action visant à faire cesser l’occupation illégale de la pêcherie à titre résidentiel.

Berder Demain ???

Projet Giboire :

Un projet hôtelier de luxe 4 étoiles 86 logements, des chambres hôtelières, des appartements, des logements pour le personnel, une piscine, un restaurant, un parking de 97 places…

Peu ou pas d’infos ou d’engagement sur le nombre d’emplois créés.

Cet hôtel et restaurant seront-ils ouverts toute l’année ?

Comment sera organisé le stationnement sur le continent et les navettes pour accéder à l’ile ?

Comment 97 véhicules pourront-ils utiliser le passage en l’état, à toute heure ?

Quel développement économique pour Larmor Baden ?

Est-ce un nouveau challenge pour le groupe Giboire de gérer un hôtel restaurant ou va t-il sous traiter ? Un groupe hôtelier est-il intéressé ?

Quelle est la viabilité d’un tel projet ?

Aucun engagement sur la préservation de l’environnement de l’île, des arbres remarquables, du sentier côtier… et début de privatisation d’une partie de l’ile.

Toutes ces questions restent sans réponses et sont sujets à inquiétude…

D’autres alternatives sont possibles :

Un parc départemental comme celui de Kerguéhennec à Bignan ?

L’île de Berder doit rester un lieu ouvert aux familles, groupes, classes, promeneurs… un lieu de rencontre, de culture, de formation, un lieu de découverte de la nature et de la mer, mais doit aussi être un site ilien exemplaire de développement durable, avec ses composantes sociale, culturelle, économique et environnementale, fondé en particulier sur la mise en valeur des ressources naturelles de l’île

Un accueil pour les enfants en classe de mer, en journée découverte, en colonies avec des projets environnementaux.

Une vitrine pour le Parc Naturel Régional

Un centre de formation et de découverte (Maison bois, charpente marine, permaculture…)

Un centre de recherche et de ressource environnemental…

Des résidences d’artistes…

Un pôle nautique…

Texte et photos : Florence
Relecture et mise en page : Alain