Lettre ouverte à Monsieur Michel Giboire

Larmor-Baden, le 4 décembre 2020

Monsieur Michel Giboire,

Dans une récente interview donnée au journal Le Télégramme le 1er décembre 2020 (ci-après), vous déclarez qu’il faut être fou pour tenter de faire quelque chose à Larmor-Baden…

En fait, ce que vous appelez faire quelque chose à Larmor-Baden, c’est priver la population d’un lieu emblématique, l’Île de Berder, en l’achetant, en envisageant même d’y faire votre propriété strictement privée (selon le mensuel Bretons de décembre), puis en projetant d’y construire un hôtel 4 étoiles entouré d’un parc de 23 hectares totalement privé, inaccessible, un projet pharaonique et absurde !

Aussi, ne vous étonnez pas que les habitants de toutes les communes environnantes réagissent, qu’ils se sentent dépossédés d’un endroit où, depuis des dizaines d’années, les enfants, les promeneurs, les familles, toutes et tous utilisaient cet espace lors de fêtes, de séminaires, de colonies de vacances, de classes de découvertes… il y avait alors de la vie à Berder, il y avait aussi beaucoup d’emplois pour faire vivre tout cela.

Vous rappelez que l’île Berder est privée, entièrement privée ! Et vous ajoutez qu’elle n’appartient pas à tout le monde. C’est sûrement vrai dans votre esprit, vous considérez que l’acte de vente à votre profit règle les questions de l’attachement de cette population locale à cette île emblématique. C’est une manière de voir, et les 200 000 habitants qui vivent autour du Golfe du Morbihan, qui regardent cette île accessible à pied et qui s’y promènent en famille tout au long de l’année apprécieront sûrement votre point de vue : votre mépris à leur égard est total…Comme d’ailleurs votre mépris pour les bâtiments de Berder, la tour ou le manoir, la chapelle, qui n’ont subi aucune restauration au moins pour leur conservation depuis que vous en êtes propriétaire : la préservation du patrimoine breton ne semble pas du tout être votre priorité…

Et puis vous dites que vous n’allez pas bétonner l’île. Là, votre interprétation est extraordinaire, vous allez faire 3 niveaux d’hébergement au-dessus d’une piscine et d’équipements de luxe genre spa et salles de sport, aménager un parking d’une centaine de places, et tout cela ne va nécessiter sans doute uniquement que des bottes de paille ? Nous savons, vous savez bien, que beaucoup de camions de béton vont circuler dans Larmor-Baden, puis sur le Gois que vous projetez d’ailleurs de largement renforcer pour cela.

Ensuite, vous prétendez que c’est à l’Etat d’entretenir le chemin côtier. Là, votre méconnaissance du droit est surprenante, ce sont vos arbres et vos branches qui soi-disant rendent le chemin dangereux, et vous estimez que c’est à l’Etat d’aller élaguer vos arbres et vos branches ! Vous faites un curieux usage des deniers publics ! Même chose d’ailleurs concernant la pose de ganivelles, vous considérez qu’il est normal que les deniers publics soient utilisés sur votre propriété pour la délimiter ! Vous exprimez par là un mépris choquant vis-à-vis des services de l’État, des élus et des associations qui s’interrogent largement sur la légalité de votre projet. Sachez monsieur Giboire que nous ne sommes aucunement atteints de jalousie, mais que nous sommes les porte-paroles d’une immense majorité d’habitants qui défendent leur environnement et la beauté des lieux du Morbihan, qui veulent y vivre et préserver ces écrins de nature et de verdure. Plus de 13 000 d’entre eux ont d’ailleurs signé notre pétition en ce sens, pour que Berder devienne un parc départemental, préservée pour leurs enfants et pour l’avenir.

Enfin, et ça, c’est particulièrement curieux, vous vous considérez comme le passeur de l’île lorsque vous êtes sur place. Cela signifie que vous êtes habilité à transporter professionnellement du public, et donc que vous disposez des diplômes et habilitations permettant d’effectuer cette activité maritime. Vous voudrez bien nous confirmer cela, et surtout rassurer les personnes que vous transportez que vous ne leur faite pas courir un risque lié à une quelconque incompétence lorsqu’ils embarquent dans un navire à moteur que vous pilotez.

Le Collectif Berder Ensemble s’est créé pour exprimer son attachement à l’île de Berder comme bien commun à toutes et à tous, notamment dans le cadre d’un parc départemental, pour faire obstacle à votre projet et prouver qu’une issue alternative avec toutes nos intelligences est possible.

Savez-vous que BERDER veut dire : frères et sœurs d’une même famille, joli Nom ! Nous ne voulons que nous réapproprier notre patrimoine naturel et défendre les enjeux environnementaux de cette île magnifique.

Le Collectif Berder Ensemble

Le Télégramme du 30 novembre 2020 :

Depuis le passage de la tempête Alex, en octobre dernier, les travaux d’élagage du sentier côtier de l’île Berder n’ont pas été réalisés. Michel Giboire, propriétaire de l’île répond au collectif « Berder ensemble » qui fustige l’inaction pour dégager le chemin.

Michel Giboire, président du groupe Giboire et propriétaire de l’île Berder dans le Golfe du Morbihan. (Archive/Le Mensuel de Rennes)

La semaine dernière, le collectif « Berder ensemble » a écrit aux élus du Morbihan pour rappeler son opposition à la création de votre complexe hôtelier sur l’île Berder et dire son envie de voir naître un projet « respectueux de l’environnement et de la vocation patrimoniale de cette île ». Qu’en pensez-vous ?

À toutes fins utiles, je rappelle que l’’île Berder est privée et entièrement privée. Elle n’appartient absolument pas à tout le monde comme on peut l’entendre dire ! Ensuite, ces gens ont le culot de faire croire que nous allons bétonner l’île… C’est évidemment une vue de l’esprit.

Le collectif estime que vous êtes hors la loi car les travaux d’élagage nécessaires à la réouverture du sentier littoral sur l’île Berder suite au passage de la tempête Alex n’ont pas été entrepris. Ils ont demandé à la préfecture que votre autorisation temporaire d’occupation (AOT) ne soit pas renouvelée en 2021. Que répondez-vous ?

Je rappelle que la servitude de passage est imposée par l’État. Je n’ai jamais eu l’intention de la supprimer. Au contraire, je la comprends et je la respecte. Par contre, si l’Etat impose cette servitude de passage, c’est à lui de prendre en charge l’entretien de ce qu’il impose. C’est une question de principe. Si ce n’est pas entretenu et que cela devient dangereux, il est normal que le maire de Larmor-Baden prenne un arrêté interdisant de fréquenter le sentier. Ce n’est pas moi qui empêche le passage : c’est la mairie qui estime qu’il est risqué de s’y promener. Je ne peux rien au fait que l’État ne veuille pas prendre en charge les frais d’entretien du sentier. Je note cependant que depuis la tempête d’octobre, les arbres tombés n’ont empêché personne de circuler sur l’île. Tout le monde les contourne. Aujourd’hui, le collectif Berder ensemble se saisit d’un communiqué pour râler. Qu’il s’adresse au bon interlocuteur. Ce sont des jaloux qui saisissent le moindre fait pour râler et bloquer les projets.

Vous êtes en pourparlers pour que la préfecture prenne en charge les ganivelles pour délimiter les endroits où il est autorisé de se promener. Ça se passe bien ?

Partout en France, il y a des propriétés privées avec des servitudes de passage. Partout, l’État pose des ganivelles pour délimiter les endroits où il est autorisé de se promener. Sauf à Berder ! Là, on estime que c’est au propriétaire de prendre en charge la pose des ganivelles qui délimitent la servitude de passage ! L’entretien de l’île Berder – impôts, gardiennage, assurances et entretien – a un coût non négligeable. Nous n’allons pas prendre en charge ce qui n’est pas de notre fait.

Dans son communiqué, le Collectif « Berder ensemble » vous dit aussi hors la loi car, à Berder, vous logez dans la pêcherie qui est située sur le domaine maritime. Monsieur Giboire, êtes-vous hors la loi ?

Dix jours par an, je descends sur l’île. Et, en effet, je dors dans la pêcherie… Depuis une centaine d’années, ce bâtiment est pour moitié construit sur le domaine maritime. Pour l’autre moitié, c’est un lieu d’hébergement tout à fait légal. Pendant des dizaines d’années, l’ancien locataire, Loisirs Vacances Tourisme a utilisé la totalité de ce bâtiment pour de l’hébergement avec de très nombreuses chambres. Personne n’a jamais trouvé à y redire. Enfin, cette pêcherie sert aussi au passeur, que je deviens quand je vais là-bas, c’est bien une activité maritime. Quand c’est LVT, c’est autorisé. Quand c’est Giboire, c’est interdit. Je sens poindre la jalousie et la volonté de bloquer ce projet. Pour preuve, le recours sur le PLU avec un jugement espéré avant l’été 2021 et le recours sur le permis de construire avec une décision attendue sur l’été 2022. Ce collectif a aussi fait des recours sur le lotissement communal et sur l’extension du camping. Les deux projets ont été annulés. Il faut être fou pour tenter de faire quelque chose à Larmor-Baden.

Le Télégramme – Claire Staes – Publié le 30 novembre 2020 à 15h33 Modifié le 30 novembre 2020 à 16h54

Michel Giboire : « Il faut être fou pour tenter de faire quelque chose à Larmor-Baden » – Bretagne – Le Télégramme (letelegramme.fr)